Le prêt croissance TPE Hauts-de-France finance de 10 000 à 100 000 euros sur une durée de 5 ans dont 1 an de différé, sans garantie ni caution personnelle, pour une entreprise de 3 à 50 salariés installée depuis plus de 3 ans dans la région. Ce prêt participatif, assimilé à des fonds propres, est obligatoirement couplé à un financement complémentaire d'un montant au moins équivalent, et il ne peut pas servir à financer une transmission d'entreprise ou une restructuration financière.
Mis en œuvre par Bpifrance Financement à la demande de la Région Hauts-de-France, ce dispositif s'adresse aux dirigeants de TPE et petites PME du Nord, du Pas-de-Calais et des trois autres départements de la région qui portent un programme d'investissement structurant, sans toujours disposer des fonds propres nécessaires pour convaincre leur banque. Cet article détaille qui peut en bénéficier, ce qu'il finance réellement, la règle du partenariat obligatoire, les modalités de remboursement et les erreurs qui retardent un dossier.
Le prêt croissance TPE est un prêt participatif, c'est-à-dire un prêt sans garantie ni caution personnelle qui, à la différence d'un crédit bancaire classique, est inscrit sur une ligne particulière du bilan de l'entreprise et assimilé à des fonds propres. Il ne renforce pas la trésorerie courante : il a pour objet de consolider la structure financière de l'entreprise à l'occasion d'un programme d'investissement structurant, selon les termes mêmes de la fiche du Guide des aides de la Région Hauts-de-France.
Concrètement, ce prêt n'apporte pas de garantie supplémentaire à une banque comme le ferait un cautionnement. Il augmente le niveau de fonds propres apparent de l'entreprise, ce qui facilite ensuite l'obtention d'un financement bancaire classique sur le même programme d'investissement. C'est la raison pour laquelle le dispositif exige toujours un partenariat financier en parallèle, détaillé plus bas.
Les entreprises éligibles sont des TPE et PME de 3 à 50 salariés, créées depuis plus de 3 ans à compter de leur immatriculation au Registre du Commerce et des Sociétés ou au Registre des Métiers, qui exercent leur activité en Hauts-de-France ou souhaitent s'y installer. Deux catégories sont expressément exclues : les entreprises individuelles et les opérations de transmission, qui ne sont pas éligibles au dispositif.
Deux secteurs sont également écartés : les activités de promotion et de location immobilière, y compris les SCI, et les activités agricoles relevant des codes NAF A01 et A02 lorsque leur chiffre d'affaires est inférieur à 750 000 euros. Un commerçant qui a séparé ses murs de son exploitation via une SCI doit donc bien distinguer les deux structures : la SCI elle-même n'est jamais éligible au prêt croissance TPE, même si l'exploitation l'est. Pour approfondir cette distinction entre société d'exploitation et société immobilière, l'article sur l'achat des locaux professionnels et la séparation des murs détaille les enjeux patrimoniaux de ce choix.
Ni l'âge de l'entreprise inférieur à 3 ans, ni le statut d'entreprise individuelle, ni un projet de reprise par cession de titres ou de fonds de commerce n'ouvrent droit à ce prêt. Pour financer une reprise, d'autres leviers existent, détaillés dans l'article consacré au financement d'une reprise d'entreprise.
Le prêt est compris entre 10 000 et 100 000 euros, pour une durée de 5 ans dont 1 an de différé, période pendant laquelle seuls les intérêts sont à régler, selon la fiche du Guide des aides de la Région Hauts-de-France. Le montant accordé ne peut, en tout état de cause, pas dépasser le montant des fonds propres ou quasi fonds propres de l'entreprise emprunteuse : une structure peu capitalisée ne pourra donc pas obtenir le plafond de 100 000 euros, quel que soit son programme d'investissement.
La fiche publiée par France Num, qui reprend les données de la base aides-entreprises.fr pilotée par CMA France, indique une fourchette de 10 000 à 50 000 euros pour ce même dispositif. En cas d'écart entre deux sources, la fiche du Guide des aides de la Région Hauts-de-France fait référence : à la date de rédaction, elle indique une fourchette de 10 000 à 100 000 euros, plus large que celle mentionnée par France Num. Dans tous les cas, mieux vaut vérifier le montant exact au moment du dépôt du dossier, directement sur la fiche du dispositif, car les conditions régionales évoluent.
Le prêt croissance TPE finance des investissements immatériels et des investissements corporels à faible valeur de gage, c'est-à-dire du matériel difficile à saisir ou à revendre en cas de défaillance, ainsi que l'augmentation du besoin en fonds de roulement (BFR) générée par le projet de développement. Le BFR correspond au besoin de trésorerie nécessaire pour financer le décalage entre les dépenses engagées (achats, salaires) et les encaissements des clients.
Les dépenses immatérielles éligibles comprennent les coûts de mise aux normes, les dépenses liées au respect de l'environnement et à la sécurité, la formation des équipes de production, les coûts de déménagement, le recrutement et la formation de l'équipe commerciale, les frais de prospection et les dépenses de publicité. Côté investissements corporels à faible valeur de gage, la plateforme régionale cite le matériel conçu ou réalisé par l'entreprise pour ses besoins propres, les moules et le matériel informatique.
À l'inverse, deux types d'opérations sont expressément exclus : les restructurations financières et les opérations de transmission. Un repreneur qui souhaite financer le rachat de titres ou d'un fonds de commerce ne pourra donc pas mobiliser ce prêt pour l'opération elle-même, même s'il pourra éventuellement y recourir plus tard, une fois l'entreprise reprise et son ancienneté de plus de 3 ans vérifiée, pour un programme d'investissement distinct.
Le prêt croissance TPE est obligatoirement assorti d'un partenariat financier d'un montant supérieur ou égal, ce qui revient à une règle de 1 pour 1 : pour 30 000 euros de prêt participatif demandés, l'entreprise doit mobiliser au moins 30 000 euros sous une autre forme. Ce partenariat peut prendre trois formes selon la plateforme dédiée pretcroissancetpe.hautsdefrance.fr : un concours bancaire d'une durée de 2 ans minimum portant sur le même programme d'investissement et mis en place depuis moins de 6 mois, un apport en capital des actionnaires ou de sociétés de capital-investissement, ou des apports en quasi fonds propres sous forme de prêts participatifs issus du financement participatif (crowdfunding) ou d'obligations convertibles en actions.
Le capital-investissement désigne l'intervention d'investisseurs professionnels au capital d'une entreprise, sous forme de participations minoritaires, d'obligations à bons de souscription ou convertibles, ou de prêts participatifs. Dans la pratique, la majorité des dossiers s'appuient sur un prêt bancaire classique comme partenariat financier, ce qui suppose d'avoir déjà engagé la discussion avec sa banque avant de déposer le dossier auprès de Bpifrance.
Cette exigence de partenariat distingue le prêt croissance TPE d'un prêt d'honneur, qui repose sur un comité d'agrément et ne demande pas systématiquement de financement bancaire associé au moment de la demande. Pour comparer les deux logiques, l'article sur le prêt d'honneur en Hauts-de-France détaille le fonctionnement de ce second dispositif.
La durée totale est de 5 ans, dont 1 an de différé en capital : la première année, seuls les intérêts sont réglés mensuellement. Les 4 années suivantes correspondent à un remboursement en mensualités incluant capital et intérêts, à terme échu, selon les informations publiées sur la plateforme régionale dédiée. Ce différé d'un an laisse à l'entreprise le temps de mettre en œuvre son programme d'investissement et d'en commencer à percevoir les effets avant de supporter le remboursement en capital.
Le prêt étant assimilé à des fonds propres et non garanti par une caution personnelle, il n'engage pas le patrimoine personnel du dirigeant de la même façon qu'un emprunt bancaire classique assorti d'une caution. Cela ne dispense pas pour autant l'entreprise de sa capacité réelle à rembourser : le montant du prêt reste plafonné au niveau des fonds propres ou quasi fonds propres existants, précisément pour éviter un surendettement disproportionné à la taille de la structure.
La demande de prêt s'effectue en ligne sur une plateforme dédiée, pretcroissancetpe.hautsdefrance.fr, mise en place à la demande de la Région et administrée par Bpifrance Financement. Le dossier doit démontrer à la fois l'éligibilité de l'entreprise (ancienneté, effectif, localisation, secteur) et l'existence du partenariat financier associé, puisque le prêt est versé en une seule fois sur présentation d'une preuve de décaissement du prêt bancaire associé ou d'une attestation de déblocage des fonds en cas d'apport en capital.
Autrement dit, le partenariat financier doit déjà être acté, ou sur le point de l'être, au moment où Bpifrance verse le prêt croissance TPE : les deux financements sont liés dans le temps et dans l'objet, puisqu'ils doivent porter sur le même programme d'investissement. Un porteur de projet qui dépose son dossier avant même d'avoir obtenu l'accord de sa banque risque de voir le versement retardé, le temps que le partenariat se formalise.
Le prêt croissance TPE n'est pas le seul outil de la Région Hauts-de-France pour financer le développement d'une TPE. Le dispositif régional d'aide au développement des TPE, souvent appelé DACS2, prend la forme d'une subvention et non d'un prêt, pour des TPE de moins de 10 salariés ETP dont le chiffre d'affaires consolidé est compris entre 80 000 et 2 millions d'euros. Le prêt d'honneur porté par Initiative Hauts-de-France, de son côté, s'adresse davantage aux porteurs de projet en phase de création, reprise ou croissance, et passe par un comité d'agrément plutôt que par un partenariat bancaire obligatoire.
Le tableau ci-dessous situe ces trois dispositifs les uns par rapport aux autres, chaque valeur provenant d'une fiche officielle citée en référence.
| Dispositif | Nature | Montant | Durée ou modalités |
|---|---|---|---|
| Prêt croissance TPE (Bpifrance, Région Hauts-de-France) | Prêt participatif, assimilé à des fonds propres | 10 000 à 100 000 euros | 5 ans dont 1 an de différé |
| Prêt d'honneur Initiative Hauts-de-France | Prêt personnel, sans intérêts ni garantie | 3 000 à 50 000 euros | Remboursement sur 3 à 5 ans, comité d'agrément |
| DACS2, aide au développement des TPE (Région Hauts-de-France) | Subvention, 20 % des dépenses éligibles HT | Programme entre 30 000 et 130 000 euros, subvention maximale 26 000 euros | Dans la limite des fonds propres de l'entreprise |
Ces trois dispositifs ne s'excluent pas nécessairement : un même programme d'investissement peut, selon sa nature et le profil de l'entreprise, mobiliser une subvention régionale pour une partie des dépenses et un prêt participatif pour renforcer les fonds propres sur le même projet. Pour une vue d'ensemble des aides régionales disponibles selon le stade du projet, le Guide des aides de la Région Hauts-de-France reste le point d'entrée le plus complet.
La première erreur consiste à déposer un dossier de prêt croissance TPE pour financer une transmission d'entreprise ou une restructuration financière : ces deux objets sont explicitement exclus, quelle que soit la qualité du projet par ailleurs. La deuxième erreur, fréquente chez les entreprises individuelles, est de ne pas avoir vérifié en amont que seules les sociétés sont éligibles, l'entreprise individuelle étant exclue du dispositif.
La troisième erreur consiste à sous-estimer l'exigence de partenariat financier : un dirigeant qui n'a pas encore engagé de discussion avec sa banque ou un investisseur au moment du dépôt du dossier s'expose à un décaissement retardé, puisque le versement du prêt participatif suppose une preuve de décaissement du financement partenaire. Enfin, une quatrième erreur consiste à confondre le prêt croissance TPE avec une subvention : il s'agit bien d'un prêt à rembourser, certes sans garantie personnelle, mais dont le remboursement en capital commence dès la deuxième année.
Le prêt croissance TPE ne finance ni les transmissions d'entreprise ni les restructurations financières, et il est fermé aux entreprises individuelles ainsi qu'aux activités de promotion et de location immobilière, y compris les SCI. Avant tout dépôt de dossier, mieux vaut vérifier que le partenariat financier envisagé, prêt bancaire, apport en capital ou financement participatif, porte bien sur le même programme d'investissement et respecte la règle du montant au moins équivalent, faute de quoi le versement du prêt participatif peut être retardé.
Rien dans les fiches officielles n'exclut un cumul avec une autre aide régionale, dès lors que les dépenses financées et les règles propres à chaque dispositif sont respectées. En pratique, une entreprise peut mobiliser une subvention comme DACS2 pour une partie de son programme d'investissement et le prêt croissance TPE pour en renforcer les fonds propres, sous réserve de l'instruction propre à chaque dossier.
Pour replacer ce sujet dans l'ensemble des démarches, retrouvez notre guide pour créer son entreprise dans les Hauts-de-France.
Retrouvez tous nos guides de la rubrique financer son projet localement.

Elle suit les dispositifs d'aide à la création et à la reprise d'entreprise dans le Nord et le Pas-de-Calais, et décortique les règles qui changent d'un territoire à l'autre.