Financer une reprise d'entreprise consiste presque toujours à combiner plusieurs sources plutôt qu'à s'appuyer sur un seul apport personnel. Selon Bpifrance Création, rares sont les repreneurs capables de racheter une entreprise en payant cash grâce à leur seul argent personnel : le taux moyen d'apport constaté couvre 30 pour cent des besoins d'investissement, le reste provenant d'un crédit vendeur, d'un prêt bancaire, d'un prêt participatif ou d'une combinaison de ces solutions. Pour un repreneur qui démarre sans beaucoup de trésorerie, l'enjeu n'est donc pas de trouver une source unique mais d'empiler les bonnes briques dans le bon ordre, en commençant par renforcer son apport avant de frapper à la porte d'une banque.
Cet article reprend la logique décrite par Bpifrance Création et par le service public pour l'appliquer au contexte des Hauts-de-France, où plusieurs dispositifs régionaux interviennent spécifiquement sur la reprise d'entreprise, sans se substituer au financement bancaire mais en le complétant ou en le crédibilisant. Pour une vue d'ensemble des aides disponibles, consultez aussi le dossier complet des aides pour financer son projet dans les Hauts-de-France.
Le plan de financement d'une reprise additionne plusieurs besoins : le prix de cession lui-même, mais aussi le besoin en fonds de roulement, les éventuels investissements à réaliser dans les mois suivant la reprise, et les frais annexes (audit, actes, enregistrement). Face à cette masse, l'apport personnel joue un rôle de signal avant d'être un simple moyen de paiement. Bpifrance Création le formule ainsi : en couvrant 30 pour cent (taux moyen) des besoins d'investissement avec son argent personnel, le repreneur démontre sa détermination aux partenaires financiers qui compléteront les ressources. Le service public confirme cette logique du côté bancaire : un prêt accordé par le système bancaire peut couvrir jusqu'à 70 pour cent du prix d'acquisition, généralement sous réserve que l'emprunteur apporte au moins 30 pour cent du financement, cette exigence pouvant varier selon l'activité et le niveau de risque de l'entreprise reprise.
Cet équilibre 30/70 n'est pas un taux garanti ni un plafond légal : c'est une moyenne et une pratique de place. Un repreneur qui vise une activité jugée risquée par la banque (secteur en difficulté, cible peu documentée, absence d'expérience du repreneur dans le métier) devra souvent mobiliser un apport plus élevé ou des garanties supplémentaires. À l'inverse, un dossier solide, avec un cédant qui accepte un crédit vendeur et une cible aux comptes clairs, peut obtenir un financement bancaire plus favorable.
L'apport n'a pas vocation à financer la totalité du prix, mais à sécuriser les postes que les prêteurs financent le plus difficilement : le besoin en fonds de roulement de démarrage, une partie du prix de cession, et les frais liés à l'acquisition elle-même. Un repreneur qui consacre tout son apport au seul prix de cession, sans réserve de trésorerie, prend le risque de se retrouver en tension dès les premiers mois d'exploitation, avant même d'avoir remboursé le premier prêt.
Avant de présenter un dossier à une banque, plusieurs solutions permettent de renforcer l'apport personnel. Le service public rappelle que l'emprunt bancaire constitue le principal moyen de financer un projet de reprise, mais que ce moyen fonctionne d'autant mieux que l'apport en amont est solide et diversifié.
Le prêt d'honneur est un prêt sans intérêts et sans garantie, accordé à la personne du repreneur et non à l'entreprise reprise, selon le service public. Il crédibilise le dossier auprès des banques en venant renforcer les fonds propres personnels avant la négociation du prêt bancaire. En Hauts-de-France, le portail régional des entreprises cite le prêt d'honneur d'Initiative Hauts-de-France : sans intérêts ni garantie personnelle, d'un montant de 3 000 à 50 000 euros, remboursable sur 3 à 5 ans, après présentation devant un comité d'agrément, avec parrainage et accompagnement proposés, pour un projet de création, de reprise ou de croissance. Le même portail mentionne aussi les prêts d'honneur de Réseau Entreprendre Nord et de Réseau Entreprendre Picardie, qui associent un accompagnement par des chefs d'entreprise. Ces réseaux sont des tiers, indépendants de ce média, et chaque demande se fait directement auprès d'eux.
Bpifrance Création détaille trois autres solutions pour compléter l'apport avant de solliciter une banque. L'ARCE (aide à la reprise et à la création d'entreprise) est égale à 60 pour cent du reliquat des droits à l'assurance chômage du créateur ou du repreneur au jour de la reprise. Le financement participatif (crowdfunding) permet de tester l'accueil du public, mais Bpifrance Création prévient que ce mode de financement n'est pas adapté si les clients et partenaires se posent la question de la confidentialité de l'opération, ou si le projet n'est pas suffisamment avancé. Enfin, la love money consiste à faire entrer un proche au capital de la société créée pour la reprise, en échange d'un avantage fiscal pour l'investisseur, ce qui peut constituer un argument pour le convaincre.
Lorsque la reprise se fait via une société, les associés peuvent aussi prêter de l'argent à cette société en portant une partie de leurs apports au passif du bilan, dans des comptes courants d'associés, selon Bpifrance Création. Cette solution offre une souplesse que n'a pas un apport en capital classique, puisque les sommes peuvent être remboursées selon des modalités fixées entre associés.
Le crédit vendeur est l'un des outils les plus spécifiques à la reprise d'entreprise, par opposition à une création pure. Il consiste à négocier avec le cédant le paiement échelonné d'une partie du prix, dans la limite de 50 pour cent maximum, selon le service public et Bpifrance Création. La durée de remboursement est généralement fixée entre 1 et 3 ans, et le taux est négocié directement entre le cédant et le repreneur.
Le crédit vendeur présente un double avantage. Pour le repreneur, il réduit le montant à emprunter immédiatement auprès d'une banque. Pour le dossier bancaire dans son ensemble, le fait que le cédant ait accepté de prendre ce risque constitue, selon Bpifrance Création, un gage de confiance dans les capacités et les compétences professionnelles du repreneur aux yeux des banquiers. Le service public précise toutefois un revers : la durée du crédit vendeur, plus courte que celle d'un crédit bancaire classique, alourdit davantage les charges de l'entreprise sur la période considérée.
Pour formaliser l'accord, les parties doivent rédiger un écrit, et il est recommandé de faire appel à un notaire selon le service public. Le crédit vendeur peut être inséré dans l'acte de cession définitif ou, plus en amont, dans la lettre d'intention qui fixe les grandes lignes de l'accord entre cédant et repreneur avant la signature finale. Le service public mentionne également la possibilité d'ajouter une clause de complément de prix, appelée clause d'earn out, qui indexe une partie du prix de cession aux résultats futurs de l'entreprise reprise, et permet ainsi d'étaler davantage le paiement.
L'emprunt bancaire reste, selon le service public, le principal moyen de financer un projet de reprise d'entreprise. Les banques cherchent toutefois de plus en plus à partager le risque de ces financements : il est donc recommandé de diversifier les sources de financement, par exemple via la création d'un pool bancaire, où plusieurs banques financent le même projet. Cette diversification réduit l'exposition de chaque établissement et peut faciliter l'obtention de l'accord global.
Si une banque refuse le financement sans motiver sa décision, ou si les motifs paraissent discutables, le service public indique qu'il est possible de saisir la médiation du crédit, une voie de recours qui ne garantit pas un accord mais permet de faire réexaminer le dossier.
Bpifrance propose, aux côtés de la banque, un prêt transmission de 40 000 à 5 000 000 d'euros. Il peut notamment financer l'acquisition, par un ou des actionnaires majoritaires, d'une minorité du capital lorsque l'opération est essentielle au développement de l'entreprise. Ces prêts peuvent être proposés avec ou sans intérêts, ou prendre la forme de minibons.
Pour rassurer les partenaires financiers, le repreneur peut s'appuyer sur des dispositifs qui garantissent les prêts bancaires, ce qui facilite leur mise en place selon Bpifrance Création. Ces garanties réduisent le risque porté directement par la banque et peuvent compenser un apport personnel plus limité, sans remplacer un dossier solide fondé sur un diagnostic de la cible, un historique comptable documenté et une cohérence entre le prix négocié et la capacité de remboursement.
À la date de rédaction, aucun dispositif régional ne verse une subvention directe calculée sur le prix de reprise lui-même. Les aides régionales interviennent sur des investissements précis, un accompagnement, ou une formation, et il faut toujours vérifier la fiche à jour sur le Guide des aides avant de monter un dossier, les conditions évoluant régulièrement.
Le dispositif régional d'accompagnement des TPE artisanales, commerciales et de services (dispositif690), mis en œuvre par les chambres consulaires (CCI et CMA), propose un accompagnement-conseil composé de six modules, dont un module « Transmission » visant à accompagner le futur cédant dans la structuration de ses démarches, la préparation du projet de cession, le diagnostic d'évaluation et le rapprochement entre cédant et repreneur. Le premier accompagnement est totalement pris en charge, financé par la Région Hauts-de-France et le FEDER (fonds européen de développement régional, qui cofinance des actions économiques régionales). Ce dispositif s'adresse aux entreprises artisanales, commerciales ou de services, d'au moins 3 ans d'existence, de 20 salariés équivalent temps plein maximum, avec vérification de l'éligibilité du code NAF auprès de la chambre consulaire choisie.
Le dispositif START'UP (dispositif1000) de la Région finance la création ou la reprise d'une start-up génératrice d'activité et d'emplois, sous forme de subvention d'investissement plafonnée à 80 pour cent des investissements éligibles ainsi qu'aux fonds propres et quasi fonds propres. Il prévoit explicitement un accompagnement des entreprises déposant leur dossier avant la clôture de leur premier exercice fiscal, ou à la reprise d'entreprise à la barre du tribunal avec un nouveau numéro de SIRET. Le montant est calculé à 5 000 euros par emploi créé, avec un minimum de 3 emplois en CDI équivalent temps plein, plafonné à la création de 40 emplois équivalent temps plein, soit entre 15 000 et 200 000 euros, majorable d'un bonus REV3 de 5 000 euros sous conditions. Ce dispositif cible en priorité l'industrie, les services à haute valeur ajoutée et les entreprises innovantes, et non la reprise d'un commerce ou d'un artisanat classique.
Le prêt croissance TPE (dispositif637), mis en œuvre par Bpifrance, est un prêt participatif de 10 000 à 100 000 euros sur 5 ans dont 1 an de différé, obligatoirement adossé à un partenariat financier d'un montant au moins égal. Il faut toutefois retenir que les entreprises individuelles et les transmissions ne sont pas éligibles à ce dispositif : un repreneur qui vient de reprendre une TPE ne peut donc pas s'appuyer sur ce prêt pour l'opération elle-même.
Une fois la reprise réalisée, d'autres dispositifs régionaux peuvent financer les investissements suivants. REHA3 (dispositif768) vise les commerçants-artisans existants, en création ou en reprise, dans les communes de moins de 10 000 habitants des Hauts-de-France, pour des travaux de rénovation d'un point de vente fixe de moins de 400 m², sous forme de subvention de 40 pour cent des investissements éligibles HT, pour des travaux compris entre 5 000 et 30 000 euros, soit une subvention de 2 000 à 12 000 euros. MOBI 3 (dispositif767) finance l'achat ou le renouvellement d'un véhicule de commerce ambulant à hauteur de 40 pour cent des investissements éligibles HT, pour un minimum de 3 000 euros et un maximum de 50 000 euros investis, soit une subvention de 1 200 à 20 000 euros. Le dispositif régional d'aide au développement des TPE, DACS2 (dispositif681), finance des investissements productifs des TPE de moins de 10 salariés équivalent temps plein, pour un programme compris entre 30 000 et 130 000 euros, avec une subvention de 20 pour cent plafonnée à 26 000 euros.
| Dispositif | Nature de l'aide | Montant | Reprise concernée ? |
|---|---|---|---|
| Accompagnement des TPE artisanales et commerciales (dispositif690) | Accompagnement-conseil (module Transmission) | Premier accompagnement pris en charge par la Région et le FEDER | Oui, préparation de la cession |
| START'UP | Subvention d'investissement | 5 000 € par emploi créé, de 15 000 à 200 000 € | Seulement à la barre du tribunal, nouveau SIRET |
| Prêt croissance TPE | Prêt participatif | 10 000 à 100 000 € | Non, entreprises individuelles et transmissions exclues |
| REHA3 | Subvention travaux de rénovation | 2 000 à 12 000 € | Oui, commerces-artisans en reprise |
| DACS2 | Subvention d'investissements productifs | Jusqu'à 26 000 € | Oui, TPE existantes y compris reprises |
Reprendre une entreprise sans apport personnel significatif ne signifie pas reprendre sans financement : cela signifie construire un plan de financement où plusieurs briques se substituent à l'apport en argent propre. Bpifrance Création invite à combiner les différentes sources avant de solliciter un prêt bancaire : prêt d'honneur, ARCE, comptes courants d'associés, love money, investisseurs (business angels, fonds de capital-investissement, plateformes de crowdequity) et crowdfunding.
Prenons une hypothèse de calcul pour illustrer la logique, sans qu'il s'agisse d'un exemple réel : un repreneur qui ne dispose d'aucune épargne personnelle, mais qui obtient un prêt d'honneur auprès d'Initiative Hauts-de-France, négocie un crédit vendeur avec le cédant sur une partie du prix, et complète par un prêt bancaire, construit un dossier où l'apport en argent propre a été remplacé par deux sources externes qui, mises ensemble, jouent le même rôle de signal de confiance auprès du troisième financeur, la banque. C'est la logique de superposition des financements, plus que le montant initial détenu par le repreneur, qui rend un dossier finançable.
Le crédit-bail, aussi appelé leasing, permet l'acquisition de matériel ou de véhicules pour la société sans mobiliser immédiatement de trésorerie, selon Bpifrance Création. Cette solution peut compléter le montage pour les investissements matériels nécessaires après la reprise, sans peser sur l'apport destiné au prix de cession lui-même.
Plusieurs erreurs reviennent dans les montages de financement de reprise. La première consiste à concentrer tout l'apport personnel sur le prix de cession, sans réserve pour le besoin en fonds de roulement, ce qui met l'entreprise reprise en tension dès les premiers mois. La seconde consiste à négocier un crédit vendeur sans écrit formalisé, alors que le service public recommande un acte rédigé, idéalement avec l'aide d'un notaire. La troisième consiste à solliciter une seule banque sans diversifier les partenaires financiers, alors que la logique du pool bancaire, recommandée par le service public, permet justement de partager le risque et de faciliter l'accord. Enfin, une erreur fréquente concerne les dispositifs régionaux eux-mêmes : vouloir mobiliser le prêt croissance TPE pour une opération de transmission, alors que ce dispositif exclut explicitement les transmissions et les entreprises individuelles.
Le prêt croissance TPE de la Région exclut explicitement les entreprises individuelles et les opérations de transmission : il ne peut pas servir à financer directement la reprise. Le dispositif START'UP vise en priorité l'industrie, les services à haute valeur ajoutée et les entreprises innovantes, pas la reprise d'un commerce de proximité classique, sauf dans le cas particulier d'une reprise à la barre du tribunal avec un nouveau numéro de SIRET. Avant de monter un dossier sur un dispositif régional, il faut toujours vérifier la fiche à jour du Guide des aides, les conditions pouvant évoluer.
Il est difficile d'obtenir un financement bancaire sans aucun apport, mais il est possible de remplacer l'apport en argent propre par une combinaison de prêt d'honneur, de crédit vendeur, de love money, de comptes courants d'associés ou de crowdfunding, selon Bpifrance Création et le service public.
Pour replacer ce sujet dans l'ensemble des démarches, retrouvez notre guide pour créer son entreprise dans les Hauts-de-France.

Elle suit les dispositifs d'aide à la création et à la reprise d'entreprise dans le Nord et le Pas-de-Calais, et décortique les règles qui changent d'un territoire à l'autre.